Le quotidien libanais d'expression
française
Jeudi 08 novembre 2007 | 5:00 | Beyrouth
ENVIRONNEMENT
- Une idée lancée par TERRE-Liban pour reboiser « efficacement et à
moindres frais »
Planter des graines au
lieu d’arbres élevés en pépinière, une idée simple et qui ne coûte rien
Reboiser les terrains ravagés, c’est aider la nature à se régénérer. Alors
pourquoi ne pas imiter la nature dans de pareilles opérations ? À un moment
où les initiatives de reboisement se multiplient à l’issue des incendies qui
ont ravagé les montagnes libanaises cette saison, et à une époque où les
collectes de fonds sont censées accompagner de tels efforts, une association
propose une idée surprenante de simplicité et qui ne coûte pas un
sou : celle de planter des graines au lieu d’arbres élevés en pépinière, à
la manière… d’un oiseau.
« Abou Zreik » ou le geai des chênes a donné son nom à une campagne
récemment lancée par l’association TERRE-Liban dans la forêt de Baabda. Mais
qu’est-ce que ce bel oiseau au plumage multicolore, familier de nos contrées, a
à voir là-dedans ? En fait, cette espèce de la famille des corvidés
(cousin des corbeaux et des corneilles) survit l’hiver grâce à une collecte des
glands de chênes en automne, qu’il cache dans une clairière. Comme il ne
consomme jamais autant de glands qu’il n’a enfouis en terre, certains donnent
des chênes, et la forêt se trouve ainsi enrichie de plus d’arbres. « Il
s’agit de suivre tout simplement la technique du geai des chênes, en commençant
par la collecte des graines en forêt, puis leur enfouissement en terre dans les
terrains qui en ont besoin, puis la protection des plants », explique
Paul Abi Rached, président de TERRE-Liban.
Rien de bien difficile, assure-t-il. Pour la mise en terre, il faut juste
s’assurer que la profondeur à laquelle se trouvera cette graine est égale à sa
propre épaisseur. Pour la maintenance, il faudra arroser le plant quelques
fois, durant la longue période de sécheresse seulement, et éloigner les chèvres
des sites reboisés.
Mais une idée aussi simple tiendrait-elle la route alors qu’on parle
actuellement de millions de dollars nécessaires au reboisement du Liban ?
M. Abi Rached est fermement convaincu du fait que cette méthode sera une
alternative très sérieuse pour tous ceux qui cherchent à reboiser des terrains
incendiés ou tout au moins dégradés, se fondant sur des arguments scientifiques
qui font ressortir plusieurs avantages considérables. « Pour reboiser
des terrains loin de la route, dans une vallée par exemple, comme tous ceux qui
ont brûlé récemment, il est beaucoup plus facile de transporter des graines que
des arbres et tous les outils nécessaires pour les planter, souligne
l’écologiste. D’un autre côté, un arbre qu’on vient de planter doit être arrosé
tout de suite, il faudra donc transporter également de l’eau, ce qui n’est pas
le cas pour la graine. »
Et ce n’est pas tout. « En adoptant cette méthode, on aura le loisir
de planter des espèces d’arbres qui ne sont plus cultivées dans les pépinières,
comme les filaires par exemple, et favoriser les espèces qui ont réussi dans le
milieu en question, étant donné que la collecte aura été effectuée dans une
forêt voisine, poursuit-il. C’est ainsi que l’on aura contribué à la
préservation de la biodiversité. » Il existe aussi des avantages
agronomiques, selon lui : « Un arbre élevé en pépinière s’habitue à
être soigné, et a besoin d’un temps d’adaptation, alors qu’un arbre qui naît en
pleine nature a des chances supérieures d’adaptation, ayant moins besoin d’être
arrosé. »
Et les inconvénients ? « Dans les livres écrits sur le sujet, les
inconvénients évoqués concernent plutôt les graines qui seraient simplement
semées, comme il arrive parfois dans certaines opérations de reboisement, et
non enfouies comme nous le proposons », précise-t-il. Mais cette technique
ne suppose-t-elle pas qu’il faut bien plus de temps pour que l’arbre pousse,
davantage que si l’arbre est planté à une certaine grandeur ? « Le
délai n’est pas immense puisque les plants font leur apparition un mois au
maximum après que la graine est plantée, argue-t-il. D’autant plus que les
pépinières locales ne pourront pas assurer tous les plants nécessaires d’une
traite, ce qui prouve que même les autres méthodes de reboisement prendront un
certain temps. »
Les joies de la collecte
Interrogé sur les objectifs de TERRE-Liban à travers cette campagne,
M. Abi Rached affirme qu’il ne s’agit nullement d’une prétention de
vouloir reboiser tout le Liban. « Nous voulons lancer une idée très simple
à exécuter et qui ne coûte rien, qui sera mise à la disposition de tous ceux
qui veulent reboiser eux-mêmes leurs contrées », ajoute-t-il. Dans ce
contexte, l’association peut offrir des conseils ou faire des conférences dans
les régions. Les personnes intéressées peuvent même visiter son « chantier
vivant » à la forêt de Baabda. Pour toute information, il est possible de
contacter TERRE-Liban au 05-923060, ou écrire à l’adresse
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TERRE-Liban a, pour sa part, organisé dernièrement deux campagnes de collecte
avec des amateurs volontaires, dans la forêt de Baabda. « C’est très
amusant, beaucoup étaient venus en famille, mais les adultes y ont trouvé
encore plus de plaisir que les enfants », indique M. Abi Rached. Les
graines collectées, appartenant à des aliboufiers, des arbousiers, des
pistachiers, des caroubiers et des pins de trois espèces, seront semées dans
des forêts dégradées des environs, aux premières pluies pour leur assurer de
plus grandes chances de survie. D’autres campagnes sont prévues.
« Au Liban, dès qu’une catastrophe survient, on pense tout de suite à
collecter d’énormes sommes d’argent pour y remédier, conclut M. Abi Rached.
Souvent, les donateurs sentent qu’ils ont la conscience tranquille rien que
pour avoir contribué financièrement aux campagnes de reboisement. Mais cela ne
changera pas radicalement leur comportement, et ils continueront, par exemple,
à jeter leur cigarette dans la forêt et causer indirectement des incendies. La
méthode prônée dans l’opération du geai des chênes consiste à responsabiliser
tout un chacun puisque nous pouvons tous retrousser nos manches et participer
activement au reboisement. Elle nous rapproche de la terre, sachant que si nous
examinons bien les causes des incendies, nous nous rendons compte qu’elles sont
liées à notre propre éloignement de la nature. »
L’association TERRE Liban, présidée par Paul Abi Rached, lance une nouvelle opération : « Geai des chênes » . Son objectif : reboiser les forêts incendiées sans avoir besoin de financement. Explications:
Plus de cinquante enfants accompagnés de leurs parents ont répondu à l’appel de TERRE Liban et se sont rassemblés dans la forêt de Baabda, seule forêt naturelle proche de Beyrouth. En famille, ils sont partis à la découverte de cette forêt qui s’étend sur près de 110 000 mètres carrés. Plus d’une dizaine d’espèces d’arbres et d’arbustes sauvages, typiques de la région méditerranéenne, poussent dans la forêt de Baabda : pin, chêne, pistachier, caroubier, aliboufier, arbousier, sumac, myrte, calicotum… Ils ont appris à les identifier. Puis, tout comme le geai des chênes, ils ont cueilli les fruits de ces arbres.
Le quotidien libanais d'expression
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- Une idée lancée par TERRE-Liban pour reboiser « efficacement et à
moindres frais »
Planter des graines au
lieu d’arbres élevés en pépinière, une idée simple et qui ne coûte rien
Reboiser les terrains ravagés, c’est aider la nature à se régénérer. Alors
pourquoi ne pas imiter la nature dans de pareilles opérations ? À un moment
où les initiatives de reboisement se multiplient à l’issue des incendies qui
ont ravagé les montagnes libanaises cette saison, et à une époque où les
collectes de fonds sont censées accompagner de tels efforts, une association
propose une idée surprenante de simplicité et qui ne coûte pas un
sou : celle de planter des graines au lieu d’arbres élevés en pépinière, à
la manière… d’un oiseau.